L’UE veut donner l’exemple dans la lutte contre le réchauffement
ar Yves Clarisse BRUXELLES (Reuters) - Soucieuse de voir l’Union européenne donner l’exemple au reste du monde dans la lutte contre le réchauffement climatique, la Commission européenne a proposé mercredi une stratégie qui doit lui permettre de réduire ses émissions polluantes d’au moins 20% d’ici à 2020.
Si ces propositions sont adoptées en 2008 par les gouvernements des Vingt-Sept et le Parlement européen, l’UE sera en position de force pour aborder en 2009 la négociation internationale qui s’ouvrira sur l’après-protocole de Kyoto. Les efforts prévus par cet instrument, qui expire en 2012 et dont les Etats-Unis ne font pas partie, doivent être redoublés.
“Répondre au défi du changement climatique est le test politique suprême pour notre génération”, a dit le président de la Commission, José Manuel Barroso.
La stratégie proposée après une intense campagne des groupes de pression et des Etats membres défendant leurs intérêts concrétise l’objectif adopté en mars dernier par les dirigeants européens pour une réduction de 20% des gaz à effet de serre par rapport à 1990, voire 30% en cas d’accord international.
Cela se fera en imposant de nouvelles contraintes aux industries, en produisant au moins 20% d’énergies renouvelables en 2020 et en utilisant 10% de biocarburants dans le total.
Certes, a admis Barroso, ces mesures auront un coût.
La conversion de l’économie européenne entraînera des dépenses de 0,5% du PIB de l’UE en 2020, soit 60 milliards d’euros, et le prix de l’électricité augmentera de 10 à 15%.
TROIS EUROS PAR SEMAINE
Mais cela ne représentera que trois euros par semaine et par citoyen européen et il faut comparer ces chiffres au coût de l’inaction estimé par les experts internationaux à 20% du PIB dans le pire des cas et à 5% du PIB dans le meilleur.
Si l’Europe prend la tête du mouvement, elle aura l’avantage dans la lutte contre la pollution qui, rien que dans le domaine des énergies renouvelables, emploiera en 2020 plus d’un million de personnes dans l’Union européenne, et réduira de 50 milliards d’euros sa facture d’importation de produits fossiles.
Les réactions ont d’ailleurs été globalement positives.
Au Parlement européen, les trois plus grands groupes politiques ont salué la stratégie proposée.
“Nous pensons que c’est l’acte le plus important de la Commission Barroso jusqu’à présent”, a souligné le chef du groupe libéral, le Britannique Graham Watson.
Les groupes de pression se sont d’ailleurs montrés modérés.
Les industries chimiques, représentées par le Cefic, n’ont ainsi pas rejeté ces propositions, tout en plaidant pour que l’on fasse tout pour parvenir à un accord international afin que l’Union européenne ne soit pas la seule à faire l’effort.
A l’autre bout de l’échiquier, Greenpeace a parlé d’un “début bon mais hésitant”, critiquant surtout la promotion de biocarburants qui inspirent des doutes sur leur bilan.
La Commission a d’abord proposé un mécanisme européen, et non plus national, d’échange de permis de polluer qui se basera sur les secteurs industriels afin d’éviter les distorsions.
A terme, en 2020, toutes les industries devront acheter aux enchères 100% de leur CO2 afin de les responsabiliser.
Certains secteurs, comme la production d’énergie, devront acheter 100% de leurs droits à polluer dès 2013, mais, pour d’autres secteurs exposés à la concurrence, comme l’acier ou les raffineries, le mécanisme proposé est différent.
PAS DE SUICIDE ÉCONOMIQUE
Ils disposeront de quotas de CO2 “gratuits” en attendant un accord international et, faute de compromis, la Commission verra en 2010-2011 s’il convient, comme le demande Paris, de taxer les importations des produits des pays “sales”.
“Je suis pour donner l’exemple au reste du monde, mais je suis contre un suicide économique”, a déclaré mercredi à la télévision ARD le commissaire à l’Industrie Guenter Verheugen.
La Commission estime que ces enchères pourraient rapporter jusqu’à 50 milliards d’euros par an en 2020 aux Etats membres, qui les utiliseront pour promouvoir les énergies renouvelables.
Les secteurs qui ne sont pas couverts par le système d’échange de droits à polluer - transport, agriculture et habitat - devront réduire leurs émissions polluantes de 10% en moyenne dans l’UE d’ici à 2020 par rapport au niveau de 2005.
Cet objectif général sera modulé selon la prospérité des Etats membres de l’UE: les pays les plus riches, comme le Luxembourg, devront avoir réduit leurs émissions de 20% en 2020 - 14% pour la France et l’Allemagne - et les plus pauvres pourront les augmenter de 20% au maximum.
La France, qui voulait que soit prise en compte le fait que son électricité est à environ 80% d’origine nucléaire, une énergie qui ne produit pas de CO2, n’a pas été suivie.
Enfin, la Commission propose que chaque pays participe selon sa richesse et ses capacités à l’objectif européen d’utiliser au moins 20% d’énergies renouvelables provenant de sources comme l’éolien, le solaire ou la biomasse, contre 8,5% aujourd’hui.
La France sera obligée d’atteindre un pourcentage de 23% d’énergies renouvelables en 2020 - Nicolas Sarkozy avait écrit à Barroso pour lui dire qu’il refusait d’aller au-delà de 20% -, l’Allemagne 18%, la Suède détenant le record avec 39%.
Les pays défavorisés par la nature pourront acheter des certificats d’énergie renouvelable produite ailleurs.
Enfin, l’objectif est d’utiliser 10% de biocarburants dans le total des carburants, mais seuls les produits qui peuvent démontrer leur “durabilité” pourront être utilisés.
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